Gaz de schiste, de l’art de la prudence

Depuis quelques semaines maintenant les esprits s’échauffent autour de la question de l’exploitation en France du Gaz de schiste. Entre l’extrémisme de certains écologistes et l’irresponsabilité de ceux qui méprisent la question écologiste lorsqu’il s’agit de piller les ressources naturelles je crois qu’il existe une position raisonnable. Ainsi je ne peux que me féliciter de la décision de Nathalie Kosciusko-Morizet de suspendre les projets de prospection et d’exploitation sur le territoire national.

Le gaz de schiste est un gaz naturel dont la particularité est d’être disséminé dans les micro-poches d’un millefeuille de schiste à plus de 2000 mètres de profondeur. Jusqu’ici il était trop couteux de l’exploiter mais la raréfaction des énergies fossiles a conduit à en faire une énergie rentable. Ce qui a mon sens va à l’envers du cours de l’histoire où l’épuisement des ressources polluantes doit nous amener à investir dans les énergies renouvelables et non à forer les sols au mépris des équilibres naturels.

La technique d’exploitation du gaz de schiste, par fracturation hydraulique, demande l’utilisation massive d’explosifs, de litres d’eau par millions et de centaines de produits chimiques dont la dangerosité est désormais mise en lumière. Nous n’avons pas en France suffisant de recul pour estimer le coût environnemental de cette exploitation mais une étude américaine pointe déjà les risques cancérigènes des substances utilisées qui s’infiltrent dans les nappes phréatiques alimentant les habitants en eau potable.

Il me semble ainsi parfaitement sage que la ministre de l’Ecologie demande une mission d’expertise des risques potentiels au Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET) et au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). De la même manière la prudence de François Fillon, qui a prolongé et élargi le moratoire en suspendant les travaux et recherches jusqu’à la mi-juin, est le signe d’une sensibilité réelle à ces questions.

La Seine-et-Marne est particulièrement concernée par l’exploitation du gaz et de l’huile de schiste puisqu’aux alentours de Doue, dans le nord du département, un permis de prospection de 830 km² a été accordé. De la même manière des tests de fracturation hydraulique ont eu lieu sur la concession de Champotran sur le territoire de la commune de Vaudoy-en-Brie et d’autres sont prévu à Donnemarie-Dontilly. C’est derniers, qui devaient intervenir en février, sont au moins repoussés jusqu’à la publication du moratoire en juin.

L’implication qui est la mienne sur la question environnementale, qu’illustre la mise en place à Melun d’un Agenda 21 et ma volonté de créer une Direction du Développement Durable à la Ville, ne peut que me conduire à exprimer mon inquiétude. Je souhaite, au même titre que nombre d’élus locaux, que les rapports qui seront remis en juin fassent la lumière sur les risques réellement encourus et que l’impact sur l’écosystème soit mesuré. Il me semble important d’exprimer ici mon attente de transparence sur cette question.

Je suis particulièrement attaché au respect et à la préservation de l’eau que Melun met cette année à l’honneur dans le cadre de sa Fête de la nature. Le passage de la Seine au cœur de la ville n’est sans doute pas étranger à ce sentiment d’attachement que je partage avec tous les melunais. Les quantités d’eau nécessaires à l’exploitation du gaz de schiste sont parfaitement indécentes alors même que la Seine-et-Marne connait un niveau de ses nappes phréatiques extrêmement bas. La menace de sécheresse qui pèse sur certains éleveurs et agriculteurs, déjà en proie à d’autres difficultés structurelles, rend inacceptable un gâchis qu’il nous faut combattre à chaque instant.

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